La Cravate

La Cravate

de Mathias Théry, Etienne Chaillou

Genre : Documentaire

Nationalité : France

Année de sortie : 2020

Durée : 01h36

Version : Couleur

Public : Tout public

Bastien, à peine plus de vingt ans, vit à Amiens et est un militant du Front national depuis déjà quelques années. Étienne Chaillou et Mathias Théry, les réalisateurs, l'ont rencontré dans le cadre d'une série pour la télévision, Premier vote, et continué, ensuite, à le filmer. Quand Bastien croise le chemin de Florian Philippot, alors numéro deux du Front national, il est invité à s'engager dans la campagne aux élections présidentielles de Marine Le Pen. Devenu l'assistant du directeur de la fédération locale, Bastien va alors se confronter autant au monde politique qu'à ses anciens démons...

La Cravate n'est pas un documentaire ordinaire. Déjà auteurs de La Sociologue et l'ourson, dans lequel des marionnettes commentaient l'action, Mathias Théry et Etienne Chaillou inventent à nouveau une forme particulière. Ici ils ont imaginé un film en plusieurs temps. En premier celui où ils ont suivi Bastien dans son quotidien et son action de militant. Ensuite celui où Bastien lit, face caméra, un texte écrit par les réalisateurs à partir du tournage et qui raconte sa propre vie. Ils enregistrent alors ses réactions « à chaud » tout en lui donnant l'occasion d'intervenir et d'accepter, ou pas, que soient montrées ses confidences ou ce qui est dit sur lui et sur son entourage. Ces deux temps qui s'emmêlent tout au long du film, ces va-et-vient entre les interventions de Bastien lors de sa lecture et les images tournées précédemment, sont d'une très grande intelligence et ouvrent le champ de la réflexion (chez lui comme chez le spectateur) d'une façon formidable. Ils créent une véritable immersion dans le cerveau de ce jeune homme en en creusant les ressorts psychologiques et sociologiques. Ils montrent aussi l'immense confiance instaurée entre les réalisateurs et leur protagoniste, car celui-ci se livre sans retenue. Mais si cela a été possible, c'est sans doute grâce à toute l'attention et au respect qui lui sont accordés par ceux qui le filment, car comme le dit Mathias Théry, «  Quel est l'intérêt, lorsque quelqu'un nous énerve, de se comporter en agresseur ? » Ne pas abandonner des notions fondamentales comme le respect de l'autre est pour moi primordial pour combattre des discours de rejet ». Sans jamais faire de Bastien une victime, ni occulter leur point de vue radicalement hostile à l'extrême droite, les réalisateurs restent dans un équilibre parfait entre empathie et lucidité. Constamment passionnant, mettant parfois mal à l'aise (dans le bon sens du terme), La Cravate possède quelque chose d'assez incroyable et peu vu, très loin d'un reportage banal. Un pari difficile, périlleux, mais réussi haut la main.

JF

Vendredi 7 février, rencontre avec l’un des réalisateur Etienne Chaillou après la séance de 19h45

Bande annonce

Les séances : Vous pouvez Acheter vos places en ligne

Ce film a été programmé aux cinémas Studio

  • Semaine du Mercredi 5 Février 2020 au Mardi 11 Février 2020
  • Semaine du Mercredi 12 Février 2020 au Mardi 18 Février 2020
  • Semaine du Mercredi 19 Février 2020 au Mardi 25 Février 2020
  • Semaine du Mercredi 26 Février 2020 au Mardi 3 Mars 2020
  • Séance 3D
  • Ciné-ma différence
  • Version française
  • V.O + Sous-titrage (FR)
  • Sans Paroles
  • Audio description

Votre avis

    Commentaire de Hervé RIGAULT |

    « La cravate » nous donne à voir à la fois le parcours de Bastien, un jeune militant du FN en Picardie et le fonctionnement interne de ce parti , l’un étant supposé éclairer l’autre et réciproquement. La méthode d’approche est originale puisque elle alterne la lecture en vois off,, par l’un des réalisateurs, du récit de vie de ce jeune sur des images quasiment muettes autour de son activité politique et des phases d’entretiens en vis à vis avec lui pour enregistrer ses réactions face à ce récit écrit. Si cette lecture apparaît par trop « littéraire » ( et reprend par foir sans les discuter des affirmations du FN comme, par exemple, « l’arrivée massive de réfugiés »), sa confrontation avec les réactions de Bastien s’avère fertile. C’est dans ces moments qu’il lâche des informations biographiques qui contribuent à expliquer son parcours.
    Bastien s’y montre comme un personnage franc et massif, un peu frimeur avec ses copains et non dépourvu de lucidité sur lui même, sur les skinheads ou sur son parti. Pour autant, il parvient à maintenir certaines zones d’ombre sur son personnage. On ne saura pas sur quoi porte ses différents avec ses parents entrepreneurs ou avec sa petite amie. On ne saura pas d’où lui vient sa haine de la «  racaille », sous entendue basanée et immigrée. Il est également assez peu loquace sur les fameuses valeurs dont il dit qu’elles fondent son engagement.
    L’autre pôle d’intérêt du film réside dans ce qu’il fait voir du mode d’action du FN et de son fonctionnement interne. Ce qui apparaît nettement, c’est la barrière de classe qui existe au sein même du parti. D’un côté, les cadres dirigeants et ceux qui aspirent à le devenir, notables et politiciens ou apprentis politiciens professionnels dont le comportement , les codes vestimentaires ... ressemblent de plus en plus à celui des politiciens des autres partis traditionnels en costume cravate accrochés à leurs portables. De l’autre, « les petits soldats » d’origine populaires confinés dans les petites tâches, dont l’expression est strictement contrôlée par les cadres de l’organisation. Bastien se situe à l’interface de ces deux mondes entre lesquels on le sent tiraillé. Il aspire à devenir dirigeant (il le deviendra dans le cadre d’une fédération , probablement sans avenir, de pratique de combats virtuels) et en même temps , il sait bien qu’il sera, de toute façon, le cocu de l’histoire au sein de l’extrême droite.
    C’est un peu dommage que le film s’arrête juste après la campagne des présidentielles. Pour répondre à la question finale qu’il pose lui même « est ce que je suis un gros connard ? », il faudrait savoir comment il aura survécu à l’effondrement de Philippot (qu’il a suivi contre Le Pen que, pourtant, il idolâtrait) et au mouvement des Gilets Jaunes qui a du remettre certaines choses à leur place au sein de la base populaire du FN en Picardie.

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